Sortir de sa cage dorée : le paradoxe de la transition de carrière

Transition de carrière avec un coach de carrière ou un orientateur d'Équinoxe Coaching

Vous avez tout pour être heureux. Du moins, c’est ce que tout le monde vous répète. Alors pourquoi avez-vous cette impression grandissante que quelque chose doit changer? Songez-vous par hasard à une transition de carrière sans oser faire le premier pas?

Par Maxime Dumais, leader-fondateur d’Équinoxe, conseiller d’orientation et coach professionnel certifié.

Il est 7 h 12. Le café est encore chaud, la boîte à lunch est prête, les enfants sont déposés à l’école – ou peut-être vivent-ils déjà leur propre vie. Vous prenez la route du travail en empruntant le même chemin que la veille, et que toutes les journées qui l’ont précédée depuis des années.

Vous connaissez votre organisation. Vous connaissez vos collègues. Vous maîtrisez votre rôle. Vous êtes compétent. On vous fait confiance. Votre carrière est stable. Votre salaire est enviable. Vous avez travaillé fort pour arriver là où vous êtes aujourd’hui.

Et pourtant…

Depuis quelque temps, une question s’invite de plus en plus souvent dans vos pensées.

« Est-ce que c’est vraiment ça que je veux continuer à faire pour les dix ou quinze prochaines années? »

Cette question vous dérange. Vous essayez de la faire taire. Après tout, il n’y a rien de « grave ». Vous n’êtes pas en conflit avec votre patron. Vous n’êtes pas en épuisement professionnel. Vous ne détestez pas votre emploi. Vous ne rêvez pas non plus de tout abandonner pour aller élever des chèvres en Gaspésie.

Et si vous ressentiez simplement un décalage?  

Comme si la vie professionnelle que vous avez construite avec beaucoup d’efforts ne correspondait plus tout à fait à la personne que vous êtes devenue.

Chez Équinoxe Coaching, nous rencontrons chaque semaine des personnes qui vivent exactement cette réalité. Elles arrivent souvent avec une certaine gêne, presque avec un sentiment de culpabilité. Elles nous disent qu’elles ne comprennent pas pourquoi elles se sentent ainsi alors qu’objectivement, tout semble aller pour le mieux.

C’est généralement à ce moment-là que nous leur proposons une image (Fun fact :  plusieurs de nos clients la connaissent déjà, car il nous mentionne que ce concept leur a tout de suite parler en visitant notre site web). 

Une image qui revient si souvent dans nos accompagnements qu’elle est devenue l’une des métaphores les plus parlantes de notre pratique.

La cage dorée.

Le paradoxe de la transition de carrière… 

Il existe donc ici un paradoxe. Les personnes qui franchissent notre porte ne sont généralement pas celles qui détestent leur travail. Elles ne sont pas nécessairement en conflit avec leur employeur, ni en situation d’épuisement professionnel. Au contraire. Plusieurs occupent des postes stimulants, ont construit une carrière enviable et bénéficient de conditions de travail que beaucoup aimeraient avoir. Elles ont travaillé fort pour arriver là où elles sont aujourd’hui, et personne ne remettrait leur réussite en question.

Pourtant, lorsqu’elles commencent à raconter leur histoire, un autre récit émerge peu à peu. Elles parlent d’un enthousiasme qui s’est effrité avec le temps. Elles décrivent une impression de fonctionner davantage par habitude que par conviction. Elles racontent que le dimanche soir est devenu plus lourd qu’avant, que les vacances ne suffisent plus à retrouver leur énergie ou qu’elles se surprennent, sans trop savoir pourquoi, à regarder les offres d’emploi sans réelle intention de postuler.

Le plus souvent, elles terminent cette confidence par une phrase qui revient sous différentes formes :

« Je ne comprends pas ce qui m’arrive. J’ai tout pour être heureux. »

Cette phrase est loin d’être anodine. Elle traduit le décalage entre ce que la société considère comme une carrière réussie et ce que la personne ressent profondément. C’est aussi le point de départ d’une conversation que nous avons très souvent avec nos clients, celle de cette fameuse cage dorée.

Une cage rassurante VS une prison écrasante

La force de cette métaphore réside dans sa simplicité.

Contrairement à une cage ordinaire, la cage dorée ne fait pas peur. Elle est même enviable. Ses barreaux sont polis, brillants et rassurants. Ils prennent la forme d’un excellent salaire, d’une stabilité financière, d’un titre prestigieux, d’une équipe que l’on apprécie, d’avantages sociaux, d’une reconnaissance professionnelle ou encore d’années d’efforts investis dans la construction d’une expertise.

Tout cela est réel. Tout cela a de la valeur. C’est le confort de la prévisibilité. C’est précisément ce qui rend la situation si difficile à reconnaître, car ses avantages et conditions de travail ne sont pas négligeables. 

Nous avons appris, individuellement et collectivement, à associer la réussite à ces indicateurs. Lorsqu’ils sont présents, nous avons tendance à croire que le bonheur devrait suivre naturellement. Alors, lorsque le malaise apparaît malgré tout, plusieurs concluent que le problème vient d’eux. Ils pensent manquer de gratitude, de résilience ou de motivation.

Notre expérience nous amène pourtant à une lecture bien différente. Le problème n’est généralement pas que la cage est mauvaise.

Le problème est que l’oiseau a changé.

 

Pourquoi reste-t-on dans une cage dont la porte est parfois déjà ouverte?

C’est probablement la question la plus importante. Si nous sommes malheureux, pourquoi ne partons-nous pas? La réponse est rarement simple.

Nous restons parce que nous avons beaucoup investi. Du temps, de l’énergie, des études, parfois même une partie de notre identité. Nous restons parce qu’il y a une hypothèque, une famille, des responsabilités financières. Nous restons aussi parce que notre entourage admire cette carrière que nous avons bâtie et qu’il est difficile d’expliquer un malaise qui ne repose sur aucun problème objectif.

Comment dire à quelqu’un : « Je ne suis plus heureux dans un emploi que tout le monde envie »?

Cette souffrance est souvent silencieuse. Elle ne fait pas les manchettes. Elle ne s’exprime pas par une crise spectaculaire. Elle s’installe doucement, à travers une fatigue persistante, une perte d’élan, un enthousiasme qui s’effrite ou encore cette impression de fonctionner davantage par automatisme que par conviction.

Beaucoup de personnes finissent par croire qu’elles manquent simplement de motivation.Or, dans notre expérience, ce n’est généralement pas le cas.

Elles manquent surtout d’espace pour continuer à grandir.

Nous évoluons… mais nos carrières ne suivent pas toujours! 

Il existe une idée profondément ancrée dans notre culture : celle selon laquelle une bonne carrière est une carrière linéaire. Nous choisissons un domaine, nous développons notre expertise, nous progressons vers davantage de responsabilités et, idéalement, nous poursuivons cette trajectoire jusqu’à la retraite.

Or, cette vision tient difficilement compte d’une réalité pourtant évidente : les êtres humains évoluent.

Nous ne sommes pas la même personne à vingt-cinq ans, à trente-cinq ans ou à cinquante ans. Nos valeurs se précisent, notre rapport au succès se transforme, nos priorités changent, notre définition d’une vie riche s’affine. Les expériences personnelles, les deuils, la parentalité, les enjeux de santé ou simplement le passage du temps modifient profondément notre manière d’habiter le monde.

Pourquoi serait-il étonnant que notre vie professionnelle doive, elle aussi, évoluer? C’est aussi ça que l’on appelle une transition de carrière, ça commence par le désir d’évoluer. 

Pourtant, beaucoup de personnes continuent d’occuper un rôle qui convenait parfaitement à la personne qu’elles étaient dix ou quinze ans plus tôt. Elles essaient alors de faire entrer une identité en mouvement dans une structure qui, elle, est restée figée. C’est souvent cette tension qui est ressentie comme un manque de sens. Non pas parce que le travail est mauvais, mais parce qu’il ne reflète plus complètement la personne que nous sommes devenus.

Avant de chercher un nouvel emploi, nous cherchons à connaître l’oiseau

Lorsque quelqu’un entreprend une démarche d’orientation ou de coaching, il arrive souvent avec une question très concrète : « Est-ce que je devrais changer d’emploi? » ou « Faire une transition de carrière ? » ou carrément « je n’aime plus ma job ». Ces questions sont légitimes. Elles sont même importantes. Mais elle arrive souvent un peu trop tôt : avant de décider où aller, il est essentiel de comprendre qui fera le voyage.

La première question devrait plutôt être : « Qui êtes-vous aujourd’hui? »

C’est pourquoi nous revenons toujours à l’oiseau. À quoi ressemble-t-il cet oiseau aujourd’hui? Dans quel environnement déploie-t-il naturellement ses ailes? Quelles sont les conditions qui nourrissent sa vitalité? De quoi a-t-il besoin pour se sentir vivant, engagé et pleinement lui-même?

Cette exploration dépasse largement le choix d’une profession. Elle touche à l’identité. À la manière dont une personne crée, apprend, collabore, prend des décisions ou contribue au monde qui l’entoure.

C’est d’ailleurs ce qui rend les démarches d’orientation professionnelle et de coaching de carrière si riches à l’âge adulte. Elles ne consistent pas uniquement à identifier des métiers compatibles avec un profil. Elles permettent de revisiter la personne elle-même, avec son histoire, ses aspirations, ses forces et les nouvelles couleurs qu’elle a développées au fil des années.

En d’autres mots, avant d’ouvrir la porte de la cage, nous cherchons d’abord à mieux connaître l’oiseau.

La liberté n’est pas toujours là où on l’imagine

Une autre croyance mérite d’être déconstruite. 

Reconnaître que l’on vit dans une cage dorée ne signifie pas automatiquement qu’il faut la quitter. C’est une fausse croyance de penser que transition de carrière rime avec tout recommencer. 

Nous avons accompagné des personnes qui ont complètement changé de carrière. D’autres qui ont transformé leur rôle au sein de la même organisation. Certaines ont créé leur entreprise. D’autres ont simplement retrouvé davantage d’espace pour exercer leur leadership différemment. Il arrive aussi que le véritable changement ne soit pas professionnel, mais personnel : apprendre à poser ses limites, revoir ses priorités ou réinvestir des sphères de vie qui avaient été mises de côté. Un quart de notre clientèle font une réorientation de carrière, tandis qu’un autre quart ne change pas d’emploi. Ça vous donne une idée de la diversité des parcours vécus par nos clients. 

La cage n’est donc pas toujours l’emploi. Parfois, elle est constituée des croyances que nous entretenons à propos de notre valeur, de la réussite ou de ce que nous pensons avoir le droit de désirer. Et elles vous bloquent à faire la transition de carrière qui changeraient tout… où plutôt ce que vous désirez changer ! 

Cette nuance est importante, car elle remet le pouvoir entre les mains de la personne. La liberté ne consiste pas uniquement à partir. Elle consiste d’abord à retrouver la possibilité de choisir.

Réapprendre à voler

J’aime particulièrement poursuivre cette métaphore jusqu’au bout.

Imaginons un oiseau qui aurait vécu longtemps dans une cage. Même si la porte s’ouvre, il ne s’envole pas instantanément. Il observe. Il hésite. Il revient parfois sur son perchoir. Non pas parce qu’il aime sa prison, mais parce que l’inconnu demande du courage. 

Les transitions professionnelles ressemblent souvent à cela. Elles sont inconfortables par définition. Il est tout à fait possible d’avoir réussi sa carrière… tout en ayant progressivement perdu le contact avec soi-même.

Elles ne se vivent pas en une seule décision spectaculaire. Elles se construisent à travers une série de petits mouvements : une conversation importante, une formation, une prise de conscience, une expérimentation, une rencontre, un projet que l’on ose enfin lancer.

Chaque battement d’ailes redonne un peu plus confiance. Chaque expérience élargit l’horizon. Progressivement, l’espace qui faisait peur devient un territoire habitable. Au final, les signaux physiques ou psychologiques que vous ressentez sont une invitation à ralentir suffisamment pour vous demander si la vie professionnelle que vous avez construite reflète encore la personne que vous êtes devenue.

Retrouver son pouvoir d’agir : le véritable gain d’une transition de carrière émancipatrice

Liberté professionnelleAu fond, la cage dorée n’est pas le véritable sujet de cet article. Le véritable sujet, c’est la liberté.

Non pas une liberté romantique ou idéalisée, mais celle de construire une vie professionnelle cohérente avec

 la personne que nous sommes aujourd’hui, et non avec celle que nous étions hier.

Chez Équinoxe, nous croyons que toute transition durable commence par une meilleure connaissance de soi. C’est en retrouvant ce point d’ancrage que les décisions deviennent plus justes, que les choix cessent d’être guidés uniquement par la peur et que le pouvoir d’agir reprend tranquillement sa place.

Après tout, une carrière ne devrait pas seulement permettre de gagner sa vie. Elle devrait aussi permettre de se sentir VIVANT.

La vie professionnelle que vous avez construite permet-elle encore à la personne que vous êtes devenue de déployer pleinement ses ailes? Ne seriez-vous pas mûr pour une transition de carrière? 

Si cette question continue de vous habiter après la lecture de cet article, c’est peut-être qu’il est temps d’amorcer une conversation. Pas nécessairement pour tout changer. Mais pour comprendre ce que cet inconfort cherche, depuis quelque temps déjà, à vous dire.

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